Des Livres et Vous

Ce jeudi 13 juin, nos libraires Vauverdois, recevaient André Gardies venu présenter et dédicacer son dernier ouvrage :

Le Vieux Cévenol et l’Enfant
Aux éditions du Rouergue

André Gardies est né à Nîmes. Il y poursuivra ses études à l’Ecole d’Instituteurs, puis à après l’université de Montpellier, il va enseigner les lettres. De 1975 à 1985, il enseigne la littérature et le cinéma à l’université d’Abidjan. A son retour il bascule complètement dans le cinéma. Il devient Professeur d’Université en études Cinématographiques. Il publie de nombreux ouvrages tous consacrés au 7ème Art. Il réalise ou coréalise des courts métrages ou DVD
A l’occasion du Centenaire de l’invention du cinéma, il coréalise en tant que scénariste un CD-Rom sur les frères Lumière « Le cinéma des Lumière », pour lequel il obtient le Prix Roberval en 1996. A l’heure de la retraite, nouvelle conversion, il va endosser la tenue de romancier. C’est au cours de cette soirée de présentation de son dernier roman, qu’il nous a accordé cet entretien.

 

André Gardies, vous êtes universitaire, vous avez publié de nombreux ouvrages sur le cinéma mais vous êtes venu tardivement au roman, pourquoi ?

AG – Effectivement, j’ai eu une première vie, qui a duré pas loin de trente ans, une vie d’universitaire où j’étais spécialiste d’études cinématographiques, et j’ai donc publié pas mal d’ouvrages spécialisés, de caractère universitaire ou pédagogiques. Ça, c’était le premier temps qui était un peu incompatible avec le roman, la littérature d’imagination ; ce n’est pas du tout la même orientation… En fait, ça ne mobilise pas les mêmes neurones. C’est pour cela que, aussitôt à la retraite, j’ai écarté totalement cette activité liée au cinéma pour me consacrer intégralement à l’écriture.

Pour revenir un instant au cinéma, vous avez consacré une bonne  partie de vos recherches ou études à Alain Robbe-Grillet. Pourquoi Robbe-Grillet ?

AG – Alors, là, si vous soulevez ce lièvre là, notre soirée ne va pas suffire… !!! Pourquoi Robbe-Grillet… ? C’est le fait du hasard, dans ces années-là, je réalisais des films de court métrage et j’avais envoyé un de mes films à un festival dont Robbe-Grillet, cinéaste, était le parrain et il se trouve qu’il avait beaucoup aimé le film que je présentais. J’avais vingt-cinq ans, et pensez donc, Robbe-Grillet qui aime mon film, il n’y avait pas plus heureux que moi ! Et donc, on a continué à échanger quelques temps et, à travers cet échange, sa manière de penser le cinéma, j’ai pensé que ça pouvait m’aider dans ma conception même du cinéma. J’ai donc désiré entretenir cet  échange et j’ai commencé à travailler sur le cinéma de Robbe-Grillet. J’ai écrit  le premier livre consacré à son cinéma. C’était aussi un enrichissement à écouter Robbe-Grillet.

A l’époque, c’est plutôt un Godard, un Truffaut ou un Rivette que l’on serait allé chercher.

AG – Effectivement, mais ça, ça n’a pas changé. Aujourd’hui, je crois que depuis son décès, Alain Robbe-Grillet compte encore beaucoup pour la littérature Française. En ce qui concerne le cinéma, il est de plus en plus oublié, pour ne pas dire complètement oublié. Je l’avais déjà constaté avec mes étudiants, les dernières années où j’enseignais, il y a déjà dix ans, des spécialistes en cinéma : certains n’avaient jamais vu un film de Robbe-Grillet. Ça confirme bien ce que vous disiez, néanmoins, je crois surtout qu’il est profondément méconnu. Pourtant, il y a au moins un grand film, qui s’appelle l’homme qui ment. C’est son film le moins connu parce qu’il est sorti en 68 et pour beaucoup d’autres raisons…

Fermons la parenthèse cinéma pour revenir à votre livre. Qui est ce vieux Cévenol ?

AG – Il s’appelle Albert Thérond. Mais ce vieux Cévenol est un personnage que j’ai imaginé à partir de diverses figures que j’ai rencontrées. En général, j’écris toujours à travers des réalités vécues, j’ai besoin de cet encrage dans le réel, ce qui ne veut pas dire que, obligatoirement, il s’agisse d’autobiographie. C’est un personnage qu’on appellerait un  « paysan-ouvrier ». Fils de paysan dans ces fermes très pauvres sur le Mont Lozère, il a du abandonner pour aller à la ville, en l’occurrence travailler à la mine. La silicose, aidée par la cirrhose, le font se retirer du monde du travail et réintégrer son hameau dans lequel il pensait se retrouver tout seul. Tout seul, il ne le restera pas longtemps.

Effectivement, arrive une famille d’africains, soit le genre de rencontre qui ne doit pas se produire. Là, ne pensez-vous pas que l’on se retrouve dans cet esprit  d’insularité où le dernier qui arrive est un envahisseur ?

AG – Je crois  que la situation que je décris se situe dans les Cévennes mais elle pourrait se situer tout à fait ailleurs. La situation fondamentale est tout à fait ordinaire.
Précisément, quand j’ai écrit cela, j’ai voulu essayer de  mettre le doigt sur ce racisme ordinaire et extrêmement courant
. Dans ce hameau d’Albert Thérond, il y a deux fermes, la sienne et celle du voisin qui est à vendre. Il tergiverse pour finalement se la laisser souffler ! Il se la fait souffler par des gens de la ville, qui de plus vont s’y installer définitivement… Et, qui plus est, il découvre qu’ils ne sont pas comme lui, puisque ce sont des métis franco-maliens.

Dans sa critique de Médiapart, Bernard Gensanne, le qualifie de « Roman d’Espoir » Dans la situation actuelle, pensez-vous qu’il ait raison ? 

AG – Le roman, oui, la réalité c’est tout autre chose. Je vois en quoi il peut y avoir espoir. Ce personnage totalement irascible, raciste, qui se laisse prendre par le milieu ambiant, et parce que ce sont ses intérêts immédiats, sera confronté à un événement important : ses voisins vont lui sauver la vie. A partir de ce moment-là, les choses vont changer. De plus, dans cette famille, il y a un enfant désireux d’apprendre à pêcher, à cueillir des champignons. A partir de là, le vieux braconnier sera tout heureux d’avoir quelque chose à transmettre. A travers ça, il va s’apercevoir que ce sont des gens comme les autres, lors d’un repas, à une variante près, il découvre qu’ils mangent comme nous, ils n’aiment pas certaines choses, comme nous ; Au fond, il va apprendre à admettre qu’ils sont comme lui. En fait, ce qu’il découvre, c’est la part d’humanité qu’il y a chez les autres.

Est-ce que la peur de l’inconnu n’engendre pas le racisme ordinaire ?

AG – Il y a un vieil adage qui dit que la peur est mauvaise conseillère, et là, en l’occurrence,  elle est particulièrement mauvaise conseillère. C’est vrai que dans le livre, il va apprendre à les connaitre et de ce fait ils seront moins inconnus. Je me suis demandé comment rendre crédible ce retournement complet. Comment, étant complètement fermé, on pouvait s’ouvrir tout à coup. Il y a une scène dans le livre où il est invité à un repas, et là, l’hôtesse lui offre un « bissap ». Comme il est surpris  et méfiant, l’hôtesse lui explique que c’est un sirop à base de fleur d’oseille, il trouve ça très bon, hormis cette couleur rouge, alors que l’oseille est blanche. Nouvelle explication ce qu’ils appellent oseille, c’est la fleur de l’hibiscus ! Il s’est donc aperçu que ce qui venait de loin, hors de ses habitudes, pouvait être bon.

Nous ne vous en dirons pas plus, à vous de découvrir cet excellent roman qui nous offre cette belle aventure en  Cévennes si chères à l’auteur qui y séjourne une partie de l’année. On rappelle le titre Le Vieux Cévenol et l’Enfant aux éditions du Rouergue.

 

C’est avec la complicité de Thibault et Sylvain, que la soirée s’est poursuivie avec des lectures du Vieux Cévenol et l’Enfant, alternées avec l’interprétation des textes du groupe « Presque Oui » qui devait se produire le lendemain dans un spectacle Courant Scène.

 

C’est entourés des toiles de Duperrier, que les participants à cette belle soirée ont apprécié ce mélange de musique, lectures et intervention d’André Gardies.

   Textes et propos recueillis par Edmond Lanfranchi

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