Prix de la Nouvelle Érotique : Pascal Hella trouve sa voie dans l’écriture

  • Je suis arrivé à Marseille en 1974, la première fois, un peu par hasard, et j’y suis resté parce que c’est une ville très différente de la banlieue parisienne.

Alors que 300 candidats s’apprêtent à s’immerger dans l’écriture ce samedi 28 octobre jusqu’à dimanche à l’aube, Pascal Hella, lauréat du Prix de la nouvelle érotique 2017 revient sur cette expérience unique qui a ouvert une nouvelle étape de sa vie.
Le marseillais de soixante ans, né à Corbeil-Essonnes, a beaucoup bourlingué dans sa jeunesse (Angleterre, Danemark, Maroc…) avant de s’installer dans la cité phocéenne.

« Je suis arrivé à Marseille en 1974, la première fois, un peu par hasard, et j’y suis resté parce que c’est une ville très différente de la banlieue parisienne. Une ville d’échanges, d’aventures, une porte ouverte sur la Méditerranée. Avant de travailler dans la com, j’ai fait des tas de petits boulots ».

Autodidacte, créatif et doté d’un bon coup de crayon, Pascal Hella s’oriente naturellement vers l’illustration, le graphisme publicitaire et la communication visuelle.

« Je suis arrivé à la communication par le dessin. Quand j’ai décidé de m’installer à Marseille, j’ai cherché des boulots de graphisme et j’ai travaillé en free lance pour les maisons de jeunes Léo Lagrange. J’ai fait des affiches de théâtre, des programmes, et j’ai vraiment appris sur le tas, parce que je n’avais aucune formation de graphisme à part un court apprentissage des techniques de mise en page au centre d’Air France. Mais je vous parle d’une époque où l’ordinateur n’existait pas où tout ce faisait à la main. Puis en 1980, j’ai monté mon propre studio de création graphique, et quelques années plus tard une agence de com. Pendant vingt ans de ma vie, j’ai travaillé dans la communication des entreprises et des collectivités territoriales.
A mes débuts professionnels, j’ai participé également à titre bénévole à la rédaction d’un journal engagé La Criée, où j’ai rencontré ceux qui sont devenus mes associés. Nous avons démarré ensemble un projet de magazine de bandes dessinées ».

Et, c’est bien connu, du dessin à l’écriture, il n’y a qu’un pas… enfin, presque.

« Le goût de l’écriture, je crois que je l’ai toujours eu. Sans vraiment m’en rendre compte. Au sein de l’agence, j’écrivais beaucoup. Nous avions un rédacteur mais je me gardais cette petite part de création d’écriture. J’écrivais des scénarios de films institutionnels, par exemple. Mais la littérature, véritablement, comment ça m’est venu ?… Je crois que ça m’est venu tout simplement quand j’en ai eu marre d’abandonner petit à petit la créativité au sein de mon entreprise pour ne devenir qu’un gestionnaire. Là, j’ai commencé à fatiguer et j’ai décidé de vendre ma boite à un groupe multimédia. C’était en 1994, une période marquée par des changements importants autant dans ma vie familiale que professionnelle ».

Une nouvelle vie commence alors pour Pascal Hella qui va s’essayer à l’écriture de scénarios, de chansons – adaptation de blues américains en français et en marseillais -, à la musique, à la scène. Sa plume boulimique bat au rythme d’une imagination féconde. Ce ne sont pas les idées qui manquent.

« J’ai même le problème inverse. J’ai trop d’idées – pas forcément bonnes – trop d’imagination. Mon problème, c’est de devoir retirer des choses pour alléger.
Une journée de travail intense, c’est une espèce de flux ininterrompu de mots, de phrases… Parfois, je mets le réveil  pour m’arrêter de bosser. L’angoisse de la page blanche dont on parle, c’est quelque chose que je ne connais pas ».

Il y a juste un an, vous avez participé à la 2ème édition du prix de la nouvelle érotique (PNE), qu’est-ce qui vous a motivé, le thème de l’érotisme ou la performance d’écriture ?

« En fait, en 2016, j’ai participé aux deux concours de nouvelles organisés par Les Avocats du Diable : le prix Hemingway et le prix de la nouvelle érotique. D’une façon générale, dans mon existence ou dans l’écriture, j’aime bien les défis. L’érotisme en soi n’est pas un thème qui m’attire particulièrement. Par contre, l’exercice de style littéraire et le challenge en lui-même m’intéressaient beaucoup ».

Justement, rappelez-nous le concept de ce concours.

« Le principe, c’est d’écrire une nouvelle dans un temps restreint. En l’occurrence, la nuit la plus longue de l’année, à savoir, celle de samedi à dimanche prochain, du 28 au 29 octobre.
A minuit, on nous communique par mail le thème (en 2016, c’était « Tel est pris qui croyait prendre ») ainsi qu’un mot final que l’on doit caser à la fin de la nouvelle (c’étai « ricochet ») et le lendemain matin à 8 heures on doit rendre la nouvelle ».

Quelle a été votre source d’inspiration et comment avez-vous déjoué les contraintes ?

Pour dire la vérité, le thème m’a tout de suite inspiré et la guerre de 14/18 a constitué la trame de mon récit. J’ai accumulé beaucoup de notes de situations, notamment sur les poilus dans les tranchées, les marraines de guerre, etc. Mais le déclic a été de me dire : Tiens, je vais en faire une relation épistolaire, un échange de courriers. Quand j’ai vu qu’au bout de trois à quatre heures de boulot j’avais du mal à m’en sortir car je voulais trop en dire, j’ai alors eu l’idée d’un roman épistolaire à l’intérieur d’un autre roman épistolaire. En gros, des gens d’aujourd’hui qui s’échangent des e-mails pour parler d’un courrier sur lequel ils sont tombés.
Pour ce qui est du style, je ne voulais pas donner dans l’érotisme bon ton, un peu bon chic, bon genre, mais plutôt faire dans le genre picaresque, employer des mots très crus… Bref, opter pour un style exagéré qui relève plus du domaine de l’intime que du domaine public ».

L’exercice n’est t-il pas un peu frustrant à cause du temps imparti ?

C’est terriblement frustrant. Quand l’heure de transmission de mon texte est arrivée -parce que j’ai fini quasiment à la minute près – je me suis aperçu que j’avais envie de faire encore deux ou trois changements. Trop tard.
Ce concours littéraire représente une expérience très originale qui m’a montré que les contraintes n’étaient pas un frein à la création. Je sais au contraire – en tout cas chez moi – que les idées naissent des contraintes. Si vous tombez en admiration devant un paysage magnifique, votre esprit va avoir envie de contempler et pas forcément de raconter.

Récompensé pour son récit « Ta maîtresse, humblement », Pascal Hella a mis à profit ses trois semaines de résidence à La Laune pour se consacrer à l’écriture d’un petit roman à partir de la nouvelle lauréate. Sur son séjour cet été en Petite Camargue, il ne tarit pas de superlatifs.

« Face à la fenêtre, devant ce paysage baigné d’une lumière exceptionnelle, j’ai pu travailler beaucoup plus détendu, beaucoup plus serein. J’ai été bluffé par l’accueil attentif et chaleureux que m’ont réservé les Avocats du Diable, cette dimension d’amour de la littérature, d’amour des mots…
Outre la récompense et la résidence, le Prix de la Nouvelle Érotique m’a apporté sérénité et légitimité. Maintenant, je ne me pose plus de questions, même si forcément, je doute parfois encore au détour d’une page. Je sais maintenant que je vais dans une voie où ça ne s’arrêtera plus ».

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