Lundi 31 janvier 1916. Ma chère Marguerite…

  • Fernand Faysse brancardier du 261° Régiment d'Infanterie Fernand Faysse brancardier du 261° Régiment d'Infanterie

Flirey tranchée d’Aubaréde (Meurthe et Moselle) 

« Je t’ai écrit avant hier et hier – Je t’écris aujourd’hui et tu auras vite compris pourquoi =  Il y a douze années juste que nous sommes mariés et bien qu’éloignés je tiens à passer un moment avec toi – voilà  un an et demi de séparation, qu’elle épreuve dans notre vie et malgré tout ce que j’ai passé, souffert et toi aussi, ce n’est pas encore finit est-il possible … J’aurais bien cru que dans la vie il y ait parfois de pénibles moments mais passer par ces choses actuelles, c’est bien terrible – surtout si long. Je pense que les enfants ont reçu leurs cartes  – demain je leur en enverrai encore, c’est la correspondance à présent qui nous rattache… Je n’ai rien reçu de vous hier, sauf le colis de ma mère = tu lui diras que les côtelettes étaient très bonnes – je …illisible… – Je vais bien. Tu feras mes bonnes amitiés à tous; tu embrasseras bien les enfants et je t’envoie beaucoup de baisers.  F Faysse                    – Sois toujours vaillante, soyons heureux d’avoir des enfants bien portants et qui je le pense ne nous donneront que des satisfactions. »

 

Fernand Faysse brancardier en 14/18 

La nuit était venue tout à fait quand nous partîmes, en colonne par quatre, silencieusement, comme des fantômes, munis de brancards et d’échelles qui devaient servir à transporter nos funèbres fardeaux (…) Au bout d’une heure, nous traversâmes un village, ou plutôt ce qui restait du pauvre village : quelques pans de murs démantelés. Et se dégageant de ces ruines, une odeur épouvantable, cadavérique, que nous ne connaissions pas. (…) Quelqu’un murmura près de moi : ça sent la mort, par ici (…) Les instructions données, rapidement à voix basse, par groupe de quatre, nous nous éparpillâmes dans la plaine et la funèbre besogne commença (…) L’odeur nous guidait, la terrible odeur perçue tout à l’heure pour la première fois.

La Bourguignote  Journal des tranchées 1916

 

 

Fernand Faysse est né le 6 juillet 1877 à Beauvoisin, il passe son bac au lycée Daudet à Nîmes. Il s’établit avec son frére comme négociant en vin  rue de Banloux à Beauvoisin. Marié le le 31 janvier  1904 avec Marguerite Amphoux, il eut trois enfants Jane, Jean et Louis.

Le 3 octobre 1914, affecté au 261° Régiment d’infanterie 19° compagnie comme brancardier il est envoyé au front en Meurthe et Moselle, après plusieurs cantonnements , dans la nuit du 28 au 29 janvier 1916 la 19° compagnie occupe l’emplacement de la tranchée d’Aubarede. Le 31 janvier Fernand Faysse tombe à la Redoute d’Aubaréde , il avait 38 ans.

« Nous étions sept rassemblés en première ligne , après avoir bu notre café et au moment ou chacun allait se retirer dans son abri respectif un projectile de gros calibre tombe sur notre abri et le grand malheur arrive, l’abri s’effondre; six hommes sont tués, je suis enterré  vivant et ne me dégage qu’une heure et demi plus tard, heure à laquelle nous nous mettons à la recherche dans les décombres des cadavres de nos infortunés camarades.  »  Lieutenant Commandant de la 261° Compagnie.

 

 

Un grand Merci à Catherine Negre Faysse, petite-fille de Fernand et fille de Louis qui m’a permis d’accéder  aux archives familiales, lettres personnelles, documents et photos.  En retraçant le quotidien de son grand-père et des parents proches  par les écrits, Catherine m’a permis d’appréhender cette guerre par l’intime et de comprendre l’ampleur de ce conflit et le bouleversement profond occasionné au sein des familles.

On nous présente le sacrifice du soldat comme quelque chose de naturel, un devoir, mais aucun soldat n’est allé à la mort volontairement, il n’avait pas le choix.

Autres sources : site Mémoire des Hommes – site La grande guerre en dessins – site chtimiste .com –

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A propos de l'auteur :

André Michel Rodriguez

Retraité, je pratique la photographie, je randonne, je pêche et j'aime découvrir et expérimenter des activités diverses.