José et Christiane Volga disent au revoir à Vauvert

L’âge venant – José va bientôt avoir 78 ans -, leurs enfants casés, José et son épouse, Christiane, ont décidé de retourner vivre dans leur Guadeloupe natale. Avant la fin de l’année, ils prendront l’avion  Paris – Pointe-à-Pitre pour retrouver leurs racines familiales et la maison qu’ils ont faite construire à Petit-Bourg (Ti Bou en créole). Une commune de 23 000 habitants, qui est la plus étendue de l’île.

 

 

Pour de nombreux vauverdois – les moins jeunes, évidemment – José Volga reste une figure locale attachante, populaire, qui s’est impliqué dans la vie du village et qui a longtemps arpenté les marais et la roselière.

« Je suis arrivé à Vauvert le 20 novembre 1962 à la fin de mon service militaire. A Lunel, où je l’effectuais, je m’étais lié d’amitié avec André Sabaton. Dès que j’avais une permission, je venais à Vauvert avec lui. Et déjà, l’ambiance, l’accueil des habitants, me plaisaient beaucoup.
Avec l’aide de son père, Georges Sabaton, qui dirigeait une entreprise de transports, j’ai pu trouver du travail après l’armée. J’ai commencé à la Source Perrier. A l’époque, on y entrait facilement ».

 

 

Mais le travail en usine, les roulements, les horaires décalés ne correspondent pas aux choix de vie de José. Il quitte Perrier, fait divers boulots ici ou là et finit par trouver sa voie dans la coupe du roseau, la sagne.

 

 

« J’ai fait mes premiers pas dans le roseau avec Robert Calba et Robert Valla. Avec eux, j’ai été à bonne école.
Au départ, je coupais la sagne pour Gronchi, après, un peu pour Prévot, puis pour Combe (Ets Combe à Maillane). J’ai fait ces trois. Et, un peu Perret, aussi, mais à la fin.
On parcourait le marais avec le barquet qu’on manœuvrait à la partègue, on coupait le roseau au sagnadou, on le nettoyait, on enlevait le courtillon (les débris) et on liait les bottes avec du fil de fer.
Moi, mon « pétoulier » (mon coin), c’était le cinquième fossé à Gallician, vers le pont Rouge (Pont des Tourradons).

Je faisais la sagne de novembre à mars-avril, puis les vendanges en septembre ».

 

 

Cinquante ans dans le marais, José a vécu l’évolution de cette activité économique ancestrale, le dépérissement de la roselière dans le communal, la fin de la coupe à la main.

« Lorsque j’ai commencé, il y avait du roseau de Gallician à Montcalm. Et, un roseau magnifique. On était une cinquantaine de sagneurs. Maintenant, il n’y a plus rien. Pourquoi ? Pour moi, ça vient de la gestion de l’eau, du non renouvellement de l’eau et aussi des ragondins. Mais bon, je pense que maintenant, c’est trop tard… On ne retrouvera plus le marais qu’on a connu…

J’ai arrêté la sagne, il y a trois ans. Les dernières saisons, je travaillais derrière la machine. A la main, j’ai arrêté depuis une dizaine d’années. On ne gagnait pas sa vie. Aujourd’hui, il ne reste plus que deux personnes qui coupent à la main. Et encore, ils font au maximum un mois de boulot. C’est pour dire qu’il n’y a plus rien dans le communal. La récolte du roseau ne se fait plus qu’à la machine et essentiellement dans les marais privés, ailleurs ».

Mais, José n’est pas du genre à cultiver la nostalgie. De ses longues années de labeur dans ce milieu humide, soumis aux rudesses climatiques, il ne conserve que de bons souvenirs, un grand sentiment de liberté face à la nature sauvage et des moments privilégiés de rencontres et d’échanges.

A l’heure de la retraite, avec Christiane qui a pris la sienne, il y a deux ans, – elle travaillait au service des festivités de la ville -, ils se tournent résolument vers l’horizon tropical des Caraïbes.

« Nous avons construit la maison sur un terrain donné par mes parents dans le but de retourner un jour au pays. Ce jour-là est arrivé. »

Là-bas, ils vont finir d’aménager la maison et les extérieurs. Sur le grand terrain, longé par un ruisseau, José va s’adonner aux plaisirs du jardinage, son autre passion.

« J’aime le jardinage, mais ici, je n’ai pas de terrain. Quand je vais là-bas, je passe mon temps à jardiner. Je sors un peu mais je reste le plus souvent dans le jardin.
Il y a de tout. Outre la canne à sucre, il y a des bananes, des oranges, des ananas… et en légumes, il y a l’igname, les patates douces, les cristophines… et tous les autres légumes qu’on trouve en métropole. Il y a de tout, il suffit de planter, ça vient ».

Même s’ils comptent profiter toute l’année du bel ensoleillement et de la chaleur tempérée par les alizés, José et Christiane espèrent revenir régulièrement voir leurs enfants et leur six petits-enfants à Strasbourg et à Barcelonnette. Et bien sûr, autant de fois qu’ils le pourront, ils passeront faire un petit coucou à leurs amis vauverdois.

Malgré les 7 500 km qui les sépareront de Vauvert, ils garderont toujours un attachement particulier pour cette Petite Camargue où ils ont vécu de si nombreuses années.

 

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A propos de l'auteur :

Guy Roca