Une conférence sur la Coupo Santo très instructive !

  • Le conférencier, André Benedetto

Qui n’a jamais entendu ou entonné la Coupo Santo ? Etroitement lié à nos traditions taurines, on l’entend à la fin de chaque manifestation importante, une finale de course camarguaise, un banquet, l’inauguration d’une plaque, une fête traditionnelle… On sait à peu près l’origine de ce chant et de ce qui l’a inspiré, une coupe donc, véritable objet d’art, mais rares sont ceux qui connaissent tous les détails de sa confection, la motivation de ce cadeau et encore moins la symbolique qu’elle recèle. La lacune est presque comblée, disons atténuée, grâce à la passionnante et érudite conférence qu’a donné Michel Benedetto à Beauvoisin, le 15 septembre dernier. A l’invitation du Comité d’Animation de la Ville de Beauvoisin, des clubs taurins l’Aficion et Lou Cosaque et de l’école félibréenne Sian d’Aqui de Vauvert, la salle polyvalente s’est copieusement garnie et tout a démarré par quelques petits airs de galoubet-tambourin. En présence du maire et d’élus, des majoraux du Félibrige Gabriel Brun et Guy Chaptal, de Mèstre d’Obro, de Félibres et d’Arlésiennes, notre conférencier arrivant tout droit de Manosque, a captivé l’attention avec ses anecdotes et ses connaissances très précises du sujet. 

Une Coupe en argent

Une Coupe a été offerte au Félibrige en remerciement de l’hospitalité faite à Avignon par les félibres provençaux au poète et fédéraliste catalan Victor Balaguer, momentanément exilé par la reine Isabelle II pour raisons politiques, mais aussi en témoignage de la fraternelle amitié qui a toujours lié la Catalogne et la Provence, si étroitement parentes par l’histoire et par la langue. Ce magnifique objet est remis solennellement lors d’un banquet, en 1867 à Avignon. Cette Coupe en argent d’une hauteur de 16,5 cm, finement ciselée, se présente ainsi : une vasque à l’antique est supportée par un palmier sur lequel s’appuient, debout et se regardant l’une l’autre, deux gracieuses figures allégoriques qui représentent, comme deux sœurs, la Catalogne et la Provence. Chacune des deux allégories, vêtues à la latine, le sein découvert, ont à leurs pieds un écusson armorié qui les désigne. Autour de la vasque, à l’extérieur, sur une banderole entourée de lauriers, sont gravés les mots suivants : Record ofert per patricis catalans als felibres provenzals per la hospitalitat donada al poeta Victor Balaguer, 1867. On peut lire sur le piédestal les deux inscriptions gravées en catalan et en provençal : Morta diuhen qu’es, Mes jo la crech viva. V. Balaguer (« Elle est morte, disent-ils, mais je la crois vivante »). Et : Ah ! se me sabien entèndre ! Ah se me voulien segui ! F. Mistral (« Ah ! s’ils savaient m’entendre ! Ah s’ils voulaient me suivre ! »)

 

 

La Coupe en argent, finement ciselée

Une fois l’an, les félibres boivent à la coupe

La coupe a été créée par le sculpteur et statuaire avignonnais Louis-Guillaume Fulconis, qui, apprenant la destination patriotique de son œuvre, refusa sans hésiter tout paiement. Généralement, la Coupe n’est sortie de son coffre qu’une fois dans l’année, à l’occasion du congrès annuel du Félibrige appelé « la Santo-Estello » et plus précisément pour le Banquet solennel dit « de la Coupe », au cours duquel le Capoulié du Félibrige prononce un imposant discours avant d’y boire selon l’usage hérité du banquet de 1867. Toutefois, un événement tout à fait exceptionnel peut justifier la présence de la Coupe, comme cette année les commémorations de son 150ème anniversaire.

 

Michel Benedetto, fils d’un tailleur de pierre bâtisseur, et lui-même spécialiste en la matière, s’est interrogé sur le tracé harmonique et régulateur de la coupe. C’est avec règle, rapporteur et compas qu’il a étudié de près l’objet d’art. Et ce qu’il en est ressorti est des plus surprenant et passionnant. Quelles étaient les demandes précises de Victor Balaguer lorsqu’il commanda la coupe ? Quels symboles souhaitait-il y voir rappelés ? Symbole chrétien médiéval ou légendes celtes ? La légende du saint calice de la Cène qu’aurait conservé Joseph d’Arimathie ? (et que Mistral évoque dans le chant XI de Mirèio). Etait-il inspiré des brindes porté par le majoral irlandais William Bonaparte Wyse avec sa coupe personnelle ?

En sollicitant le sculpteur Louis-Guillaume Fulconis, instruit au langage des Maîtres de l’œuvre et associé à la conception des plus grandes cathédrales de France, il n’est pas étonnant que cette œuvre soit hautement spirituelle et fasse référence aux Hommes guidés par les plus hautes aspirations, intégrant les canons de la beauté. L’ordonnancement des parties de la coupe est en effet le même que celui de l’élaboration du tracé d’une église.

Il est donc question de la Divine proportion, basée sur le nombre d’or dont le rapport de 1,618 est appelé PHI en grec. On ne rentrera pas ici dans les détails mathématiques et géométriques longuement expliqués lors de la conférence. D’autant qu’en ce 150ème anniversaire de la Coupe, de nombreuses autres conférences sur le sujet seront données par notre majoral expert.

Ce qu’il convient de retenir, c’est qu’en communiant autour de cette coupe chargée de symboles, « on s’unit en fraternité pour œuvrer à la gloire de nos terroirs, avec tous les Hommes de bonne volonté. »

Annelyse Chevalier

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