Jean Lafont, un manadier peu commun…

  • 1955 Abrivado en Arles le jour de la Cocarde d'Or
Photo © Emile Grande
Photo © Emile Grande

Jean Lafont nous a quittés le vendredi 13 janvier à l’hôpital de Nîmes, à l’âge de 94 ans. L’éleveur de 10 Biòu d’Or (si l’on excepte les deux de Virat obtenus sous l’ère Nicollin) était aussi le créateur de la célèbre boîte de nuit La Churascaïa, lieu encore prisé aujourd’hui entre les Saintes-Maries et Aigues-Mortes.

Jean Lafont était né à Saigon le 22 novembre 1922. Il avait d’abord posé ses valises chez son grand-père, notaire à Aimargues, avant de s’installer aux Hourtès, dans les prés du Cailar. Passionné d’équitation, il a partagé un temps des abrivado avec des gardians et manadiers de l’époque avant de vouloir devenir lui-même manadier. En 1945, âgé alors de 23 ans seulement, il signe un compromis avec l’un des plus emblématiques élevages de taureaux destinés à la course camarguaise : Fernand Granon. Tout au long de sa carrière de manadier, Jean Lafont attachera une place importante à l’étude de son cheptel pour conserver une race intacte et pure depuis les débuts du XIXème siècle, toujours très à l’écoute des conseils de l’homme de métier qu’était Fernand Granon.

 

 

1955 Abrivado en Arles le jour de la Cocarde d'Or
1955
Abrivado en Arles le jour de la Cocarde d’Or

Sa vision de la sélection, notamment par la valorisation des vaches était assez nouvelle. Il essayait en effet les vaches à de nombreuses reprises avant de les valider pour la reproduction. Pour lui, les vaches devaient avoir les mêmes qualités que les taureaux. Il gardait alors les plus vaillantes, celles qui vont jusqu’à la barrière…

Pendant dix ans, de 1983 à 1993, il dirigea également les arènes de Nîmes avec son ami Simon Casas, donnant un souffle nouveau au faste jusqu’alors négligé de la course de taureaux.

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L’histoire taurine se poursuit aujourd’hui avec Louis Nicollin qui a racheté en 1997 l’intégralité des terres et des bêtes, avec Virat en cadeau, Biòu d’Or en 2002 et 2004.

Le monde de la bouvine et de la course camarguaise a été porté au plus haut par cet homme charismatique, malicieux et drôle, parfois fantaisiste. Sa finesse d’esprit, son savoir et ses créations ont marqué le milieu taurin.

Outre les chevaux et les taureaux, Jean Lafont avait d’autres passions : l’opéra, la botanique, la littérature, la corrida… Il laisse entre autres une bibliothèque d’une richesse monumentale et un jardin botanique unique en son genre.

Texte : Annelyse Chevalier

Les Biòu d’Or
Cosaque 1956
Mario 1963
Cailaren 1967
Joinville 1972
Ventadour 1977
Ventadour 1979
Furet 1986
Barraïé 1988
Barraïé 1989
Barraïé 1992
Virat (Nicollin) 2002
Virat (Nicollin) 2004

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A propos de l'auteur :

Guy Roca